Dina Scherrer, “Construire des histoires qui rendent les personnes plus fortes pour se tourner vers les défis qu’elles ont à affronter”.


Orientation épanouie / mardi, janvier 29th, 2019

“Test, ô mon beau test, révèle-moi qui je suis, qui je vais devenir et ce pour quoi je suis fait”.

Au moment des étapes cruciales de choix d’orientation, généralement celles où se pose (pour la première fois) la fameuse question de “qu’est-ce que je veux faire de ma personne et de ma vie ?”, le test reste LE référent pour décider de son avenir.

Tests psychotechniques, tests de personnalité, tests de Q.I… On répond à quelques questions, on se laisse guider, on coche des cases, et joie, bonheur, un résultat tout rédigé nous tombe dans le bec. “Vous avez un maximum de réponses 🔺 ? Votre profil est extraverti et entreprenant. Vous êtes fait pour les métiers de commerce international”. D’accord, je caricature peut-être un peu l’affaire, certains tests permettant tout de même des résultats plus affinés.

Il n’en reste pas moins qu’à tout âge, en première orientation, en bilan de compétences ou en réorientation, les personnes en sont très friandes. Moi la première, et cela remonte peut-être à mes jeunes années de lecture de la presse féminine avec mes copines, où le test (“Quelle icône glamour es-tu ?”) restait un incontournable :-).

Pourquoi ce sentiment de soulagement profond à la lecture des résultats de ces fameux tests ? La personne qui les reçoit attend une certaine forme de révélation de sa personne. Elle le valorise d’autant plus que les tests se sont perfectionnés et enrichis, et représentent un résultat concret, tangible, presque scientifique.

Dès lors, pourquoi ne pas se remettre aux tests pour réaliser des choix d’orientation ? En particulier, les parents d’adolescents en sont demandeurs, et éprouvent une certaine forme de soulagement à l’heure de la lecture d’éléments de réponse tangibles… Sentiment non négligeable alors que l’orientation demeure un sujet flou et angoissant.

Bien qu’il m’arrive encore en catimini de remplir un petit test issu de la presse féminine, la lecture d’un des livres de Dina Scherrer, mon invitée dans l’épisode 4 du podcast Graines d’orienté, a complètement fait évoluer mon opinion sur la question. Et je vous dis ici pourquoi.  

Dina Scherrer, l’écoute bienveillante pour principal outil d’accompagnement

Dina Scherrer a un parcours qui mérite d’être détaillé. Pourtant vive et épanouie dans le cadre familial, Dina est étiquetée comme “lente” à l’école. Elle est alors dirigée vers l’équivalent d’une classe SEGPA, acronyme barbare qui signifie Section d’enseignement général et professionnel adapté. Grosso modo, un dispositif prévu pour les élèves en difficulté. Atelier de menuiserie pour les garçons, couture pour les filles, l’objectif est que ces jeunes accèdent le plus rapidement possible à un métier. Et c’est avec un CAP de sténo-dactylo que Dina débute sa carrière professionnelle.

Preuve de sa grande détermination, Dina intègre une très importante agence de publicité. Et elle y franchit un à un les échelons, jusqu’à y devenir directrice du développement et de la communication. L’ambiance stimulante et ludique de la publicité lui plait, et elle y ancre donc la première partie de sa carrière professionnelle.

Et à 40 ans, répond à la question qu’on lui a posé à 16 ans : “Que veux-tu faire dans la vie ?”. Arrivée à un certain point de dissonance entre les missions qu’elle est amenée à réaliser et ses aspirations profondes, Dina fait petit à petit le lien entre son poste actuel et ses souhaits futurs. Elle s’épanouit en effet complètement dans la posture de coach manager, manifestant un profond attachement à faire grandir les personnes qui travaillent avec elle.

Avec pour seul outil sa posture d’écoute bienveillante, elle décide alors d’accompagner dirigeants et collégiens, en résonance avec “ce qui lui a cruellement manqué”. Dina développe entre autres une expertise auprès des jeunes en échec scolaire.

Face à des choix de vie difficiles, les clés sont en vous

J’ai découvert les travaux de Dina Scherrer grâce à son livre “Accompagner avec l’arbre de vie”. Elle y partage, avec la générosité qui la caractérise, les fondements de l’approche narrative, sur lesquelles elle appuie ses accompagnements. Le principe de l’approche narrative est aussi simple que puissant : raconter des histoires. Alors oui, dit ainsi, cela pourrait apparaître un peu naïf. Mais il n’en est rien.

Les personnes confrontées à un choix de vie complexe, ou empêtrées dans des difficultés, sont peu à peu saturées par les problèmes et deviennent des personnes sans savoir. Au travers de l’approche narrative, la personne, jeune ou moins jeune, est invitée à raconter son histoire, et à la considérer sous différents angles. A valoriser les éléments positifs jusque-là enfouis dans la mauvaise estime qu’elle a d’elle-même. A extirper qualités, savoir-faire et savoir-être de ces épisodes de vie.

Il s’agit donc “d’honorer le plein”. là où les personnes avaient l’impression de subir, de ne plus rien savoir, elles sont invitées à reprendre les rennes de leur existence et à suivre un cheminement intérieur qui leur rendra savoir et capacité d’initiative.

“On a beau avoir 13 ans, on a des principes de vie”

Pour aider les jeunes en difficulté et en quête d’orientation, Dina pose donc des questions. Ecoute. Respecte le rythme de chacun, ses aspirations, même si elles peuvent sembler démesurées, se souvenant qu’elle s’est elle-même “mise en route” à vingt ans. Pas de tests, pas de résultats plaqués, pas d’étiquettes.

Au fil des séances, le jeune apprend à se découvrir et à identifier ses valeurs, intérêts et aspirations. C’est ce que Dina appelle une “boussole de vie”, dont on pourrait réorienter l’aiguille à tout moment. Si les projets peuvent changer, les principes de vie restent, eux. Et Dina l’affirme, souriante : ça n’est pas parce que l’on a treize ans que l’on n’a pas de principes de vie. D’ailleurs, je vous invite à découvrir les deux exemples qu’elle partage au cours du podcast, de ce jeune passionné par la cuisine à cette classe de jeunes en difficultés qui deviennent les héros de “Winner TV”, émission présentée en exclusivité par Dina Scherrer 😉 , et donc les héros de leur vie.

Dina remplit les sacs à dos avant l’escalade. Elle ancre les personnes et les aident à trouver leurs forces. C’est ainsi que naissent les projets d’avenir. Car, quand on s’explore, les projets viennent petit à petit. Les idées émergent, et ainsi, il n’y a plus qu’à récolter les graines semées. Vous vous en doutez, Dina ne pouvait pas me faire davantage plaisir en employant cette image. Le jeune, ou le moins jeune, redevient auteur de sa vie. Cela lui permet de réinjecter aussi la possibilité de choisir son existence. Et, par ce cheminement, de vivre en accord avec ses principes.

En faisant ce travail en amont, les jeunes gagnent beaucoup de temps. Ce message est précisément l’essence de la naissance du blog et podcast Graines d’orienté. D’ailleurs, j’espère pouvoir un jour recevoir une des jeunes stars de Winner TV dans le podcast !

Pour écouter l’épisode avec Dina Scherrer, cliquez sur ce lien.

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