Emilie Rouaud, le goût de chercher, même en orientation


Orientation épanouie / mardi, mars 19th, 2019

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Dans le dernier épisode de Graines d’orienté, j’ai reçu par téléphone interposé Émilie Rouaud, spécialiste des questions d’éducation et de douance. Une première dans le podcast car c’est en direct du Québec qu’Émilie m’a parlé de son parcours et des sujets qui la passionnent.

Je tenais absolument à vous présenter un épisode traitant de la douance. Pourquoi me pencher sur cette thématique ? A force de fréquenter les milieux de reconvertis, je me suis aperçue que beaucoup des personnes en bifurcation professionnelle n’avait que tardivement détecté cette caractéristique, et que cela représentait un frein majeur à leur épanouissement.

Depuis 2016, Émilie se consacre aux enfants dits à « haut potentiel » à Montréal. Nos chemins ont plusieurs points communs, et notamment celui d’être passées par la case Sciences Po, à Bordeaux. Émilie et moi avons échangé une première fois en amont de cette interview. Et comment résister à ce bel enthousiasme qui la caractérise ? Pour les auditeurs du podcast, vous pourrez constater que sa grande sensibilité aux autres et au monde apparaît naturellement.

L’orientation par l’expérimentation

Le parcours d’Émilie a certes connu quelques méandres, mais la fameuse question de « qu’est-ce que tu souhaitais faire quand tu étais petite » révèle qu’elle a toujours su ce pour quoi elle était faite. Émilie voulait s’occuper d’enfants. De pédiatre à la politique internationale, cette volonté est restée la même. Elle n’a pas pu tout faire, comme ce qu’on lui avait promis enfant, mais elle a su construire son projet brique par brique.

Étudiante au Québec avant d’intégrer Sciences Po, Émilie s’épanouit complètement dans ce système éducatif. Le retour en France est un véritable choc des cultures. La jeune femme décrit un aspect que je connais bien de cette école : le côté normatif. Dans un environnement scolaire bien éloigné du canadien, Émilie tombe malade : « Mon corps m’a mise à l’arrêt ; c’était le bon moment pour se poser les grandes questions d’orientation ».

C’est le moment douloureux de la réorientation. Émilie s’énerve au début, tantôt contre elle, tantôt contre cette situation difficile, avant de se pousser, comme elle me le dit. Et c’est par l’expérimentation qu’Émilie va trouver sa voie, en tombant par hasard sur la question des enfants doués. Oubliées la politique internationale et les velléités onusiennes. Quelques années plus tard, Émilie devient chargée de projets pédagogiques en douance à Montréal.

Une vocation, celle de se consacrer aux enfants à haut potentiel

Émilie est à pied d’oeuvre pour soutenir une centaine d’élèves doués au travers de l’enrichissement, conférences, mentorat et projets personnalisés… Vous vous en doutez, la vision d’Émilie sur l’éducation et l’orientation est donc particulièrement riche. 

Mais tout d’abord, kézako la douance ? Il s’agit tout simplement d’une capacité intellectuelle supérieure à la norme, que la bonne vieille mais malheureusement non remplacée à ce jour mesure du Q.I (quotient intellectuelle) traduit. Comme le décrit Émilie, cela vient avec un certain nombre de capacités intellectuelles connexes, tant sur le plan neurologique, affectif que social. Impossible de tirer un profil type ; cependant, la nécessité de proposer des classes spéciales adaptées à l’apprentissage de ces enfants est évidente.

La douance reste finalement un sujet mal connu, au-delà de la curiosité médiatique qu’il peut susciter ponctuellement. Les neurosciences ont permis d’éclairer davantage la question, et la recherche continue à progresser. Néanmoins, Émilie note plusieurs points communs aux élèves à « haut potentiel » : une curiosité naturelle, une soif de sens et cette capacité à analyser le monde sans pour autant l’accepter tel quel.

Révéler les talents et les potentiels

Les hauts potentiels souffrent des idées préconçues qui peuvent encore exister à leur égard. Entre autres, celle qu’ils seraient tous naturellement des élèves très performants. Pourtant, les motivations à s’investir dans les apprentissages scolaires varient grandement d’un enfant à l’autre. Ce biais obère la détection de l’ensemble des hauts potentiels, et peut porter durablement préjudice à leur capacité à s’épanouir tant personnellement que professionnellement.

Les bons élèves sont plus facilement repérés. Pour autant, leurs parcours n’est pas voué à être plus aisé. En effet, comme le souligne Émilie, leurs grandes capacités scolaires engendrent régulièrement les projections d’adultes qui les entourent, qu’ils soient des enseignants ou des parents. Avec le risque d’une bonne grosse crise de sens à 25 ou 30 ans où la question « mais où étais-je pendant ces 10 dernières années » se posera.

Faire bouger les lignes du cadre éducatif pour apprendre à se tromper

D’où la mission qui est chère à Émilie : celle de révéler les talents et les potentiels, et non d’inculquer les rêves d’adultes à des enfants apprenants. Quand je lui pose la question du contexte supposément plus favorable du système québécois, elle nuance mon propos. Tout n’y est pas parfait, bien évidemment. Il n’en reste pas moins que la posture d’action et d’expérimentation en matière de pédagogie est nettement plus intégrée au Canada.

L’enfant n’y est pas seulement considéré comme un apprenant, un réceptacle à connaissances théoriques. Ces dernières sont bien évidemment essentielles, mais pas suffisantes. Émilie nous parle ainsi de l’accent mis sur la formation de futurs citoyens, notamment grâce à la gestion des émotions et du conflit.

Émilie prône d’ailleurs d’aller encore plus loin en la matière et souligne l’importance d’oser, d’expérimenter et d’accepter de se tromper. Elle me dit ainsi « Petite, j’étais persuadée qu’il y avait une réponse en matière d’orientation. Cela fait peser un poids énorme sur les épaules des parents et des enfants. » Et emploie une très belle image : « L’orientation se pursuit, à l’image du bonheur, elle ne se déclare pas ».

Si vous voulez retrouver l’interview d’Émilie, cliquez sur le lien !

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