Explorons le futur des compétences avec Aurore Bouvart 🚀👩‍🎓


Orientation épanouie / dimanche, janvier 13th, 2019

J’ai rencontré Aurore Bouvart lors de mes études à Sciences Po Bordeaux. Nous avons suivi le même master en relations internationales. Aurore est le parfait exemple d’un parcours académique et professionnel qui s’est enrichi au fur et à mesure des années (grâce à sa grande force de travail, dont j’ai toujours été admirative !). Aujourd’hui en poste au sein du ministère des Armées, elle vient d’achever un master 2 en ressources humaines et responsabilité sociale de l’entreprise. Et elle s’est gentiment prêtée au jeu de ma petite interview sur les compétences. Et vous verrez que son point de vue, affûté par ses diverses expériences et sa bonne connaissance de l’administration, nous donne des perspectives très précises sur le futur des compétences. 

  • Qu’est-ce qu’une compétence selon toi Aurore ?

Selon moi, une compétence touche autant au savoir-faire (compétences « spécialisées ») qu’au savoir-être d’un individu (par exemple, les compétences comportementales). Si certaines sont innées, d’autres peuvent être acquises au fil du temps à travers un apprentissage académique ou parfois même au contact d’autres individus. S’il fallait donner une définition générique, je dirais qu’une compétence s’apparente à la capacité ou l’habileté de chacun à accomplir une tâche précise.

  • Comment perçois-tu le rôle de notre scolarité dans l’acquisition d’un socle « classique » de compétences ?

L’école a le mérite de permettre à chacun de développer un socle commun de compétences dès le plus jeune âge. A partir du secondaire, les compétences peuvent cependant varier en fonction des filières vers lesquelles les étudiants s’orientent, et plus encore à travers le choix d’options (sports, arts plastiques, LV3…). La réforme d’un enseignement « à la carte » proposée par le gouvernement va davantage encore accentuer ces différenciations. Toutefois, il faut garder à l’esprit que ces choix ne sont pas définitifs : une matière qui n’aurait pas été choisie au lycée pourra très bien l’être lors des études supérieures, voire encore après dans le cadre d’une formation continue !

  • En France, contrairement à d’autres pays, le diplôme semble continuer à jouer un rôle prépondérant dans la sanction des connaissances et compétences. Penses-tu que cela soit amené à évoluer ?

Il est vrai que j’ai souvent observé l’importance fondamentale qu’accordaient les recruteurs au diplôme du candidat. Aujourd’hui encore, de nombreuses entreprises possèdent une grille salariale plus ou moins élevée en fonction du diplôme obtenu par le candidat au moment où il postule. Cela entraîne parfois des situations quelque peu aberrantes : je me suis ainsi retrouvée en master 2 « ressources humaines » avec des étudiants qui avaient parfois plus de connaissances que les enseignants compte tenu de leur parcours professionnel,  mais qui avaient été incités à reprendre leurs études pour obtenir un BAC+5. La généralisation de la validation des acquis de l’expérience (VAE), qui permet de sanctionner les compétences professionnelles d’un individu par un diplôme, tend fort heureusement à diminuer ces situations

J’ai récemment lu un article sur le site spécialisé en ressources humaines « Welcome to the Jungle » intitulé « Futur des RH : il faudra désormais compter avec les freelances ». Je pense qu’il s’agit là d’une excellente chose pour le dynamisme des entreprises ! Les salariés « classiques » ont en effet beaucoup à apprendre de ceux ayant un parcours moins conventionnel. Actuellement, seule une poignée d’entreprise est dotée de suffisamment d’ouverture d’esprit pour miser sur les nouveaux profils. Ce ratio devrait cependant diminuer dans les années à venir, avec la montée en compétences des générations « Y » et « Z », que je perçois comme plus ouvertes aux changements que leurs prédécesseurs.

  • Il semblerait que les compétences pures et dures ne soient plus l’unique recherche des recruteurs aujourd’hui. Quelle part est laissée aux savoir-faire et savoir-être plus transverses et moins rigides ?

Là encore, tout dépend du degré de maturité de l’entreprise. Les start-up, que l’on qualifie communément en théorie des organisations d’entreprises « peu matures » – sans que cela soit pour autant péjoratif -, auront davantage tendance à rechercher des profils atypiques, c’est-à-dire des candidats « touche-à-tout », qui sauront par ailleurs rapidement s’intégrer puis évoluer dans un environnement spécifique. Les organisations davantage « matures », je pense notamment à l’administration, auront quant à elles encore tendance à privilégier des compétences « classiques » sanctionnées par un diplôme reconnu.

  • Selon toi, l’orientation est-elle seulement une affaire de compétences ?

De nombreux conseillers estiment que l’orientation d’un étudiant doit avant tout s’appuyer sur les compétences de celui-ci, souvent sanctionnées via ses résultats scolaires. Je pense qu’il s’agit-là d’un biais. A mon sens, l’orientation doit également être une affaire de goûts ! J’ai personnellement effectué un premier master en relations internationales, sans savoir réellement où cela allait me mener à l’issue de mes études. Je disposais en revanche d’une réelle appétence pour les matières enseignées et je garde un excellent souvenir de ces deux années. En intégrant le monde du travail, je me suis rendu compte que des spécialités auxquelles je n’avais jamais pensé auparavant m’intéressaient également. Ce fut notamment le cas des ressources humaines, dans lesquelles je me suis progressivement spécialisée au gré de mes différents postes.

  • Quand on est jeune et que l’on doit se poser la question de ses propres compétences, cela semble bien souvent…compliqué. Quel conseil pourrais-tu donner à ces graines d’orienté pour desceller et valoriser leurs compétences ?

Le principal conseil que je pourrais donner aux jeunes souhaitant desceller et valoriser leurs compétences est d’effectuer des activités extra-scolaires dans un premier temps : qu’elles relèvent du domaine sportif, artistique, musical, chaque expérience sera bonne à prendre ! Le sport collectif inculque par exemple de façon ludique le sens du travail en équipe, tandis qu’une activité artistique pourra enseigner l’importance de la rigueur. Une fois un peu plus âgés, je conseillerais aux étudiants d’intégrer le milieu associatif. La France possède une multitude d’associations, étudiantes ou non, qu’il est très facile d’intégrer lorsqu’on a un peu de temps. Là encore, ces expériences permettent d’acquérir des compétences, voire même une idée de parcours professionnel, qui pourront être utilement valorisées auprès de futurs employeurs. Enfin, je conseillerais aux jeunes ayant l’opportunité matérielle de voyager d’effectuer des séjours à l’étranger. Par exemple, il n’est pas rare que les étudiants allemands effectuent une année de césure après leur baccalauréat pour effectuer un volontariat à l’étranger. Ceux que je connais en sont revenus complètement transformés, avec une vision plus claire de l’orientation qu’ils souhaitaient donner à leur futur personnel et professionnel.

  • Pour conclure, quel message aurais-tu aimé faire passer à l’étudiante que tu étais il y a 10 ans ?

Il y a dix ans, j’avais 18 ans. J’effectuais ma première année d’études à l’Institut d’Études Politiques de Bordeaux (Sciences-Po Bordeaux) et il me semble qu’à l’époque je voulais être journaliste sportif. Dix ans après, j’exerce des fonctions en ressources humaines au sein du ministère des Armées. On pourrait penser qu’il y a une sacrée différence entre ce à quoi j’aspirais et ce que je fais actuellement… Cependant, en y regardant de plus près, pas tant que ça : je me suis spécialisée dans un secteur dont j’ignorais absolument l’existence à cette époque et mon goût pour le sport est plutôt satisfait puisque je suis aujourd’hui militaire ! Le message que j’aurais aimé faire passer est donc le suivant : privilégie le choix d’un parcours académique dans lequel tu t’épanouiras pleinement, en ayant en ligne de mire un choix de carrière vaguement dessiné mais qui pourra être amené à évoluer très largement durant les années à venir. Je n’ai aucune idée de ce que je ferais dans dix ans. J’espère simplement être autant épanouie que je peux l’être actuellement !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *