Léa Moukanas, “Le futur appartient à ceux qui croient en leurs rêves”.


Orientation épanouie / mardi, février 12th, 2019

Léa a 19 ans lorsque je la rencontre pour enregistrer un nouvel épisode de podcast. Elle se définit comme la reine des phrases kitch. L’une de ses préférées, “Le futur appartient à ceux qui croient en leurs rêves” – qui ne déroge pas à la règle de la citation rétro gentiment candide – est inscrite sur la coque de son téléphone portable offerte par son père à Noël.

Léa a 15 ans lorsque sa grand-mère, Aïda, décède d’une leucémie. Elle décide de s’engager dans une association qui vise à améliorer la vie des patients à l’hôpital. Aucune ne lui ouvrira pourtant ses portes, la jugeant trop jeune.  Léa fonde alors l’association de lutte contre le cancer Aïda et pose elle-même, à la force de son caractère, les premières pierres de ce qui sera une magnifique aventure.

Ma discussion avec Léa m’a tout simplement laissée bouche bée. Bien sûr l’âge joue ; il n’est quand même pas banal de créer une association à son âge, encore moins une association qui oeuvre en onco-pédiatrie. Au-delà, la présence et la force tranquille que dégage Léa sont assez déroutantes. J’espère que vous retirerez autant d’inspiration que cela fut mon cas, soit en lisant ces lignes, soit en écoutant l’épisode 6 de Graines d’orienté.

Une détermination à toute épreuve

Léa agit. Quand surgit en elle l’envie d’oeuvrer pour la lutte contre le cancer, son âge n’est même pas une question. Alors quand les associations existantes s’en tiennent aux limites d’âge réglementaires, l’adolescente ne se décourage jamais, loin de là, puisque c’est ainsi qu’est née l’association Aïda.

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La maladie ainsi que les séjours prolongés en milieu médical sont difficiles, que l’on ait 15 ans ou 45 ans. Mais, comme le souligne Léa, une des difficultés corollaires pour des jeunes atteints de cancer est l’isolement. Dans ces moments particulièrement difficiles, recevoir ne serait-ce que la visite d’un jeune de son âge compte, et réconforte. C’est la raison d’être d’Aïda : des jeunes engagés auprès des jeunes.

Les débuts de l’association sont pourtant loin d’être un long fleuve tranquille. Dans un premier temps, les établissements hospitaliers, bien que convaincus par la mission d’Aïda, refusent de signer des partenariats avec des mineurs. Comme en témoigne Léa dans un autre podcast intitulé Social calling, que je vous recommande au passage, c’est avec une technique très “sioux” qu’elle crée les statuts de l’association (je ne vous en dis pas plus !).

La force de l’échec

Les six premiers mois de vie de l’association s’avèrent compliqués, et Léa réalise alors qu’elle ne pourra peut-être pas poursuivre. Avec le recul, elle mesure que ces galères lui ont permis de se remettre en question, et d’enrichir son parcours de « bonne élève ». Léa sourit en me partageant son goût pour le travail et sa détermination à être toujours dans la réussite. A ne jamais échouer.

Forcément, l’expérience Aïda a constitué une formation accélérée… En dernier recours, pour collecter les fonds manquants au lancement de l’association, Léa et ses amis se postent en bas des pistes de ski pour vendre des gâteaux. Léa me partage d’ailleurs qu’elle ne sait “ni faire des gâteaux, ni faire du ski”, et que c’est en jean/basket qu’elle reçoit une bonne leçon d’humilité alors que les vacanciers dévalant les pistes lui jettent de l’argent sans prendre le temps de s’arrêter.

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Génération canapé”

Pourtant, une skieuse s’intéresse et prend même la peine d’enlever son casque pour dire à Léa “C’est beau de faire ce que vous faites, c’est beau de voir des jeunes qui s’engagent”. Même si Léa ne m’en parlera pas en ces termes, voilà sa petite revanche sur les magazines qui titraient que les jeunes de son âge étaient de la “génération canapé”.

Et franchement, quand on voit Léa s’affairer pour faire tourner l’association, l’étiquette de la génération canapé n’est pas vraiment celle qui vient à l’esprit ! Vingt jeunes ont rejoint le bureau parisien depuis 2015. L’association dispose maintenant de relais régionaux. Quand j’écoute Léa, ainsi que Justine, responsable aide à domicile pour l’association, j’ai l’impression d’avoir à faire à une petite entreprise, et je suis bluffée par le professionnalisme de ces jeunes.

La charge de travail n’est pas toujours simple à gérer en plus des cours (Léa est à Sciences Po), mais donner un sens à ses actions n’a pas de prix.  D’ailleurs, quand je demande à Léa quel serait son meilleur conseil d’orientation – et je dois dire que j’attendais sa réponse avec impatience au vu de son jeune parcours – elle me répond sans hésiter : “Épanouis-toi et vis tes rêves”.

Faire surgir un futur positif

Cette nouvelle maxime, que l’on pourra également ranger dans la catégorie « kitch », n’en est pas moins dépourvue d’un sens très fort, surtout pour les jeunes malades. Léa m’indique que l’association a lancé un programme spécifique pour préparer l’orientation des jeunes après l’hôpital. Donner accès à des activités grâce à une personnalité, financer des permis de conduire, autant d’opportunités d’envisager un après à l’hospitalisation et d’oser penser à son futur.

Finalement, en écoutant Léa, je me dis que la question de l’orientation transcende celle de la maladie : chez Aïda, accompagnants et accompagnés forment ensemble une belle jeunesse en quête de sens, à la recherche de métiers qui leur permettront peut-être de “faire de la thune” (petite dédicace à la conseillère d’orientation qui a un jour croisé le chemin de Léa), mais qui donneront surtout un sens à leur quotidien.

En écrivant ses lignes, je me dis que j’aimerais vraiment pouvoir discuter à nouveau avec Léa dans quelques années, et revenir avec elle sur le chemin parcouru. Car je suis convaincue qu’il s’annonce passionnant et engagé. En attendant, l’association Aïda vient de fêter ses quatre ans, l’occasion de saluer le chemin parcouru en si peu de temps et l’implication de toute l’équipe.

Retrouvez l’épisode 6 de Graines d’orienté, le podcast qui vous parle d’orientation et de réorientation, sur Soundcloud et iTunes. N’hésitez pas à me partager vos commentaires, je suis toujours ravie de pouvoir échanger avec vous !

 

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