Nouhad Hamam, « Notre société privilégie l’apprentissage de la technique au détriment de la créativité ».


Orientation épanouie / lundi, janvier 21st, 2019

La créativité. Je me suis longtemps perçue complètement étrangère à cette notion, la contemplant parfois avec une certaine admiration pour ceux qui en étaient dotés, et avec un sentiment mêlé de résignation quant à la possibilité d’en faire moi-même preuve un jour. De manière hâtive, je la réduisais à une de ses facettes, la plus éclatante à mes yeux, celle de la créativité artistique.

Pourtant, chemin faisant dans mon parcours d’études supérieures puis professionnel, je percevais avec de plus en plus d’acuité le rôle central de la créativité dans mon quotidien ainsi que dans mes choix de vie. Ayant flairé les interactions avec l’orientation, il me fallait donc investiguer davantage cette thématique. Quel rôle tient exactement la créativité dans nos vies et dans notre épanouissement ? Pourquoi ce sentiment que la créativité est aussi peu développée chez moi, mais également chez les autres ?

En entendant parler des différents projets de Nouhad Hamam, cela a immédiatement attiré mon attention. Nouhad a en effet fait de la créativité son « why ». Comprendre par là qu’il s’est lancé dans le portage de cette cause qui le transcende, en quelque sorte. Nouhad s’est prêté au jeu de mes questions, que vous retrouverez dans le 3ème épisode de Graines d’orienté. Je vous livre ici la réflexion qui a découlée de cette rencontre.

Créativité en péril

La créativité, Nouhad en a exploré bien des aspects : conférences, ateliers pour les enfants et les adultes, et même un hackathon annuel au cours duquel les familles sont réunies pour résoudre de manière aussi créative que possible une problématique donnée. Et il fait un constat sans appel : une chute de la pensée divergente ou imaginative dès le plus jeune âge, qui atteint un niveau plancher à l’âge adulte.

C’est pourquoi je trouve important de vous partager la petite anecdote relatée par Nouhad dans le podcast. Un jour, il s’improvise nounou pour des amis. Inspiré par la pédagogie Montessori, il tente une petite expérience avec une petite de quatorze mois environ, en lui présentant un xylophone.

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vL’enfant explore le xylophone, le retourne, produit des notes avec tout ce qui lui tombe sous la main. Jusqu’à l’intervention bienveillante mais contraignante d’enfants et d’une adulte lors d’une sortie au parc. Tous lui montrent à leur manière comment « bien jouer » du xylophone, en employant correctement le maillet. Désormais, la petite s’appliquera à faire de même. D’où la citation de Nouhad qui me semble particulièrement intéressante : « notre société privilégie l’apprentissage de la technique au détriment de la créativité ».

Détourner les objets qui nous entourent, imaginer des solutions qui sortent de l’ordinaire tout en atteignant un objectif donné, je crois que l’on adresse ici une composante essentielle de la créativité. Or, force est de constater que nos différents environnements ne concourent pas franchement à encourager cette pensée créative, voire la contraignent, et ce dès notre plus jeune âge.

Dès lors, difficile de sortir de son chapeau des petits tours de créativité quand cela devient un pré-requis dans le cadre des études supérieures et du monde du travail. Je ne sais pas pour vous, mais quand j’entendais dans mes précédents postes l’injonction de « disrupter » ou encore « challenger » les idées, cela sonnait de manière assez grinçante à mes oreilles.

Un hacker de créativité

La bonne nouvelle, c’est que tout le monde peut accéder à la créativité, quel que soit son âge. Comme me le partageait Nouhad, c’est un peu comme la marche. La deuxième bonne nouvelle, c’est que la créativité n’a rien d’innée. Elle se pratique, au contraire. Insufflée dès le plus jeune âge, elle peut ensuite être travaillée comme un muscle, au quotidien. Rien n’est fichu donc si vous jouiez sagement du xylophone avec un maillet dans vos jeunes années.

D’ailleurs, c’est par de petits entraînements progressifs que Nouhad se propose aujourd’hui d’accompagner la floraison de notre créativité. Ce florilège d’exercices pratiques arrive dans votre boîte mail deux fois par mois au travers d’une newsletter. Ça s’appelle Les Kréatifs, avec un K.

Et il existe mille et une raisons de vouloir développer sa créativité. Comme le partage Nouhad, développer cette compétence peut s’avérer extrêmement utile lorsque l’on souhaite amorcer un projet personnel (qu’il soit entrepreneurial ou artistique), se préparer à une reconversion, exprimer sa personnalité dans chaque chose que l’on réalise ou encore développer un état d’esprit davantage tourné vers les solutions que vers les problèmes. Je suis à peu près certaine que vous pourrez vous identifier dans l’une de ces catégories.

La créativité au service de nos choix de vie

Vous l’aurez donc compris, la créativité ne se limite pas à vouloir s’investir dans des projets artistiques, même si cela demeure un vecteur puissant de son développement. Elle est intimement liée à notre épanouissement, et constituera une aide précieuse pour réaliser nos choix de vie. Le parcours de Nouhad en témoigne.

Appliquer une certaine conformité scolaire était un impératif pour ce bon élève afin de pouvoir poursuivre ses études en France, en l’occurrence à Supaero, alors qu’il vivait au Liban. Sans idée de vocation particulière, Nouhad mène des premières expériences professionnelles qui ne seront au final que peu épanouissantes. Et c’est en se connectant à sa créativité latente, initiée par une grand-mère qui lui avait offert un livre de peinture asiatique, que Nouhad ouvre ses horizons. Apprend à mieux se connaître. Et s’investit avec une belle énergie dans des projets qui lui tiennent à coeur.

La créativité nous confère des outils précieux pour exprimer notre singularité et tracer le chemin qui nous est propre. Ces convictions chevillées au corps, Nouhad me confie qu’il se confronte pourtant à une difficulté majeure : celle des adultes qui ne valorisent que peu ou pas cette compétence. Or, dès 2004, la National Education Association (que Nouhad appelle dans le podcast « la NASA de l’éducation »🚀👩‍🎓 ) définit les 4 compétences clés pour l’éducation du 21ème siècle : la pensée critique, la communication, la collaboration et la… créativité, bien évidemment. 15 ans plus tard, il nous reste toujours du chemin à parcourir pour progresser en la matière !

C’est pour cela que Nouhad a réorienté sa stratégie pour s’attaquer à la « racine de la racine » du problème ; non pas les enfants, mais bel et bien leurs parents. Avec pour objectif de créer une communauté d’adultes qui comprennent ce qu’est la créativité et qui seront convaincus de son importance. Sa première suggestion pour progresser sur la voie de la créativité ? Adopter une petite routine créative, afin d’apprendre à se découvrir, investiguer ses propres valeurs et produire quelque chose qui nous ressemble. En somme, un parfait support pour élaborer une orientation épanouie 😉

Si vous souhaitez en savoir plus, suivez ce lien qui vous amènera directement à l’interview de Nouhad !

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